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Le coin est un concentré d'art et de patrimoine catalan : les fauvistes ont inventé la couleur à Collioure, Picasso a séjourné à Céret, Dalí est né à Figueres, et les abbayes romanes jalonnent les Albères.

Carte postale ancienne colorisée de Collioure, vue des hauteurs, le clocher au milieu des toits
Collioure vu des hauteurs sur une carte postale ancienne : le clocher au milieu des toits, la baie, et les agaves au premier plan. Le point de vue n'a pas bougé, les agaves non plus.
Le château royal de Collioure et le clocher de Notre-Dame-des-Anges vus depuis la baie
Barques catalanes pavoisées de senyeras dans le port de Collioure
Les barques catalanes, gréées et pavoisées, à quelques mètres des terrasses.
Le front de mer de Collioure au soleil rasant du matin, les terrasses encore repliées et la plage déserte
Le front de mer un matin de fin novembre, terrasses repliées et plage à soi.
L'église Notre-Dame-des-Anges de Collioure et son clocher rond coiffé de rose, au bord de l'eau
Notre-Dame-des-Anges, les pieds dans l'eau, et le clocher qui sert de repère à tout le monde.
Les façades colorées de Collioure illuminées à la nuit tombée
À la nuit tombée, les façades passent du rouge à l'ocre.

Collioure, la carte postale et ce qu'il y a derrière

15 mn

Collioure est vraiment une carte postale et, en tant que telle, c'est très fréquenté en saison. En fait, dès qu'il y a un rayon de soleil, donc pratiquement tout le temps.

Mais quand on y va le matin, on comprend ce qui a séduit Derain et ses copains : cette lumière de dingue, ces bleus denses, mais aussi le rouge des bougainvillées et l'ocre des pierres. Rien que la balade sur les remparts, les barques catalanes, ou les militaires qui s'entraînent à nager tout habillés, le fusil entre les dents.

Et pour nous rappeler que ça n'a pas toujours été un lieu de villégiature, mais plutôt un monde dur, il y a toujours les canons sur la plage, un christ rongé par la rouille face à la mer à côté de la chapelle Saint-Vincent, au bout de la jetée, et les fortifications de Vauban sur le château royal. Le château a été la résidence d'été des rois de Majorque, et Vauban a fait rehausser les remparts à la fin du XVIIe siècle, l'ensemble défensif étant achevé en 1690. Le prix à payer a été le vieux Collioure, rasé pour l'occasion.

Le reste du temps, on peut rêvasser en regardant la mer le matin, en veillant à ne pas se faire piquer son croissant par une mouette affamée. Flâner dans les boutiques de déco, goûter dix sortes d'anchois, déguster du vin, regarder les tableaux de Max Rovira, que ses portraits de Dalí en couleurs saturées ont fait connaître, et ceux de sa fille Julie, qui peint sous le nom de Pitu, dans leur galerie du 14 rue de la Fraternité. Max Rovira a aussi son atelier à Port-Vendres, rue Jules Ferry. Ou se faire trois heures de table à La Balette, le restaurant du Relais des Trois Mas, où officie le chef étoilé Laurent Lemal. Tout est possible.

Une précision sur les anchois : la plupart ne sont plus pêchés ici. Les anchois exploitables se font rares en Méditerranée, et les salaisons travaillent aujourd'hui du poisson venu du golfe de Gascogne ou de plus loin. Le savoir-faire, lui, est resté au village.

Pour les courageux, on peut monter au Fort Saint-Elme, et la vue est de dingue. Le fort lui-même est privé et fermé à la visite depuis 2023, en travaux : on monte pour le chemin et pour le panorama, pas pour l'intérieur. La vue, elle, est gratuite. Sur le passage, il y a le moulin de la Cortina, un moulin à vent du XIVe siècle, probablement un des premiers construits en Pays catalan, avec toute son ossature en bois refaite à l'ancienne lors de la restauration achevée en juin 2001. Il ne moud plus le grain, il presse les olives. L'association des Amis du Moulin le fait visiter les mercredis et dimanches de 10 h à midi, d'avril à septembre.

Nos spots préférés : Le Neptune, ouvert toute l'année, la Casa Rico, toute nouvelle, et Chez Simone. Mais c'est très subjectif, et ça vaut la peine de flâner pour trouver le spot du moment.

Les gorges de Galamus, la route en corniche accrochée à la paroi et l'Agly au fond du couloir de calcaire
Vue plongeante depuis la route sur les vasques et les cascades de l'Agly, au fond des gorges de Galamus
Depuis la route, le regard tombe droit sur l'enfilade de vasques et de cascades.

Les Fenouillèdes, le nord sauvage

1 h

On a parlé de la mer, on a parlé des Albères, mais il y a une autre région et elle ne ressemble à ni l'une ni l'autre : les Fenouillèdes. Saint-Paul-de-Fenouillet est à une heure de route de la villa, et de là on s'approche de l'Aude, d'Axat, de Quillan et de Limoux, et des châteaux cathares.

Mais avant ça il y a Tautavel, habité par nos ancêtres il y a 450 000 ans. Le crâne trouvé en 1971 dans la Caune de l'Arago par l'équipe d'Henry de Lumley est daté de cette époque, et le musée de Préhistoire du village raconte toute l'histoire. La grotte elle-même ne se visite pas.

Il y a aussi Maury et ses vins doux naturels, nés sur des schistes noirs. L'appellation couvre quatre communes du coin, dont Saint-Paul-de-Fenouillet et Tautavel.

Et il y a les fantastiques gorges de Galamus, où l'Agly s'est taillé un couloir dans le calcaire. Le site est classé depuis 1927. Pour en profiter pleinement il faut le faire en canyoning, mais déjà la vue depuis la route et un petit bain de pieds dans les vasques bleues et vertes valent le déplacement. La D7 traverse les gorges en corniche, de Saint-Paul-de-Fenouillet à Cubières-sur-Cinoble, et l'ermitage Saint-Antoine est accroché dans la falaise à 376 mètres, sa chapelle installée dans une grotte que des franciscains ont aménagée au XVe siècle.

Et si vous êtes nostalgique d'Alphonse Daudet, Cucugnan est à deux pas, avec le château de Quéribus au-dessus. À défaut du curé, vous pouvez y acheter du pain fait avec de la farine de blé locale : au moulin d'Omer, la maison Les Maîtres de mon Moulin, fondée par Roland Feuillas, tient toute la chaîne de la semence au pain et vend ses farines de blés anciens sur place.

L'anse de Paulilles entre Port-Vendres et Banyuls, la plage et une barque catalane au premier plan
Les vignes en terrasses de Paulilles descendant jusqu'à la mer
De part et d'autre de l'anse, les vignes en terrasses descendent jusqu'à la roche.

Paulilles, une plage qui était une usine de dynamite

30 mn

Entre Port-Vendres et Banyuls, l'anse de Paulilles ressemble à une plage de vacances ordinaire, avec ses criques et ses eucalyptus. Elle a été pendant plus d'un siècle une usine d'explosifs.

L'usine ouvre le 5 décembre 1870, en pleine guerre contre la Prusse. Elle est fondée par Paul Barbe, qui représente Alfred Nobel en France, et Gambetta autorise l'installation ici précisément parce qu'on ne pouvait pas être plus loin de l'ennemi. En 1880 elle produit plus de cinq mille tonnes de dynamite par an, et elle emploiera jusqu'à trois cents personnes.

Ce qui me touche dans cette histoire, c'est qui travaillait là. Une main d'œuvre du pays, souvent des paysans et des pêcheurs qui continuaient à côté leurs vignes et leurs oliviers, avec beaucoup de femmes à l'atelier. On descendait fabriquer des bâtons de dynamite pour mettre du beurre dans les épinards, entre deux campagnes de pêche et deux vendanges.

Certains l'ont payé cher. Le 24 janvier 1882, une explosion tue vingt personnes. Une autre en fait cinq en avril 1885, trois encore au milieu des années trente. Pendant la Première Guerre mondiale, une dizaine de travailleurs annamites réquisitionnés meurent ici aussi. Une plaque commémore sur le site les ouvriers morts à la dynamiterie.

La production s'arrête en 1984, les dernières activités en 1991. Le Conservatoire du littoral rachète les trente-deux hectares de friche en 1998, et le site rouvre au public en juin 2008, dépollué et rendu à la mer. La Maison du site, dont l'entrée est libre, raconte tout cela, et on y voit aussi l'atelier où sont restaurées les barques catalanes.

C'est ce qui fait de l'endroit une bonne demi-journée. On visite l'exposition, on va déguster à côté aux Clos de Paulilles, le domaine que la maison Cazes possède dans l'anse, on prend l'apéro face à la mer, puis on part crapahuter sur le sentier du littoral, celui que les uns appellent sentier des douaniers et les autres sentier des contrebandiers, jusqu'à trouver une crique tranquille. Il y a quatre kilomètres jusqu'au cap Béar. Et on finit la journée en pensant à ceux qui venaient ici fabriquer des explosifs, pour certains au prix de leur vie.

Art

Collioure et le fauvisme

Le chemin du fauvisme sur les pas de Matisse et Derain, galeries et château royal.

Musée d'art moderne de Céret

Picasso, Braque, Chagall, Soutine : une collection exceptionnelle pour un village.

Musée Dalí à Figueres (35 min)

Le théâtre-musée conçu par Dalí lui-même, de l'autre côté de la frontière.

Patrimoine

Tour de la Madeloc

La tour à signaux médiévale perchée au-dessus de Collioure et Port-Vendres : panorama immense sur la Côte Vermeille, par une petite route vertigineuse ou à pied.

Églises et abbayes romanes

L'art roman catalan tout autour : Saint-Génis-des-Fontaines et son linteau sculpté, le cloître d'Elne.

Vue depuis la tour de la Madeloc sur les vignes en terrasses, la côte et la plaine sous un ciel d'orage
Depuis la Madeloc : les vignes en terrasses, la côte et toute la plaine, sous un ciel d'orage.

Les villages

Collioure (15 min)

Élu Village préféré des Français en 2024. Le joyau de la Côte Vermeille : château royal, clocher iconique, ruelles et terrasses. À faire tôt le matin ou en fin de journée l'été.

Palau-del-Vidre (10 min)

Le village des souffleurs de verre : ateliers ouverts et démonstrations.

Céret (20 min)

Le musée d'art moderne, les platanes centenaires, et le grand marché du samedi matin.

Laroque, Castelnou et Eus

Le vieux village médiéval de Laroque juste au-dessus de la villa, et deux des plus beaux villages du département à moins d'une heure.

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