La culture catalane
Ici, on est en Catalogne nord. Le Roussillon est français depuis le traité des Pyrénées, en 1659, mais la langue, la cuisine, les fêtes et la fierté sont restées catalanes des deux côtés de la frontière. Quelques clés pour ne pas passer à côté pendant votre séjour.
La sardane
La danse
On se prend par la main en cercle, hommes et femmes alternés, et on danse bras levés pendant tout le morceau. Vu de loin ça paraît paisible ; c'est en réalité fatigant et nettement plus compliqué qu'il n'y paraît, parce que les pas se comptent, en séries de curts (les courts) puis de llargs (les longs), et qu'une erreur décale tout le cercle.
La cobla
L'orchestre qui accompagne la sardane : onze musiciens, et devant tout le monde la tenora, un grand hautbois catalan au timbre nasillard qu'on n'oublie pas après l'avoir entendu une fois. Elle a été inventée à Perpignan en 1849 par le luthier Andreu Toron.
Où en voir
À peu près toutes les fêtes de village de l'été, y compris à Laroque. Interdite sous Franco au sud de la frontière, la sardane est restée un marqueur identitaire fort : on la danse encore partout.
Ce que j'en pense, honnêtement
J'ai vu trois générations de Catalanes la danser dans ma famille : ma grand-mère, ma mère, et mes cousines aujourd'hui. La stridence des instruments et la complexité des pas m'ont toujours laissé, disons, perplexe. Mais c'est clairement un incontournable, et ceux qui la pratiquent disent que lorsque c'est bien fait, quand le cercle fonctionne vraiment, c'est carrément extatique.
À table
Les boles de picolat
Le plat familial par excellence, transmis de génération en génération et jamais tout à fait le même : des boulettes de bœuf, veau et porc hachés, mijotées en sauce avec des olives vertes et des cèpes séchés, souvent servies avec des haricots blancs. Une sorte de cousin catalan du cassoulet, en boulettes. Chaque famille a sa version et chacune est évidemment la bonne.
La cargolade
Le rituel du dimanche : des escargots gris posés sur la braise d'un feu de sarments de vigne, du lard, de l'aïoli, et à côté les côtelettes premières d'agneau et la saucisse catalane. Ça se mange debout, dehors, avec du monde. En dessous de dix convives, ça n'a pas d'intérêt.
La saucisse catalane
Longue, fine, roulée en spirale, grillée. Le boucher du village, Didier Salvi, en est champion du monde, ce qui règle la question de savoir où l'acheter.
Les rousquilles
De petites couronnes moelleuses sous un glaçage blanc, nées dans le Vallespir. C'est un pâtissier d'Amélie-les-Bains, Marius Sèguela, qui a eu l'idée du glaçage en 1810 ; la maison Touron, à Arles-sur-Tech, a plus tard remplacé l'anis par le citron. Les deux existent toujours.
Le touron
Le nougat catalan, pratiqué des deux côtés de la frontière : le turrón espagnol de Jijona et d'Alicante d'un côté, le touron catalan de l'autre. Même famille, recettes différentes, débat sans fin sur lequel est le meilleur.
Le porró
Boire sans toucher
Une carafe de verre ventrue avec un long bec effilé : on la tient à bout de bras, on vise, et on se verse un filet de vin dans la bouche sans jamais que le bec touche les lèvres. C'est ce qui permettait de faire tourner la même bouteille dans toute une tablée de vendangeurs sans partager autre chose que le vin. La tradition remonte au XIVe siècle. La première tentative finit toujours sur la chemise, c'est le passage obligé.
Et le rancio
Pendant qu'on y est : la façon dont se font les vins doux naturels et les rancios du coin, en dames-jeannes laissées au soleil pendant des années, est expliquée dans la rubrique Boire.
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